Aurélien Valance
Directeur Général Adjoint, Commercialisation et Opérationnel
Introduction
Gerda Beziade : Château Margaux est une propriété familiale et, lors de notre premier entretien en mai 2022, vous avez dit que c’était une situation confortable, sans pression. Est-ce l’une des raisons pour lesquelles vous travaillez déjà depuis vingt-cinq ans pour cette magnifique propriété ?
Aurélien Valance : Oui, c’est l’une des raisons, en effet, parce que cela permet à la fois d’avoir une vision de très long terme. C’est aussi une famille très présente, très impliquée, très humaine. Les relations sont saines, directes et très agréables, ce qui rend les choses finalement assez faciles au quotidien.
GB : Ce côté humain est-il peut-être aussi lié au vin ?
AV : Oui, et puis Alexis est passionné de vin. C’est assez extraordinaire de pouvoir avoir des discussions qui ne portent pas seulement sur Château Margaux, mais aussi sur nos dernières découvertes, nos coups de cœur, ou simplement sur le plaisir de la dernière bouteille que l’on a bue.
GB : Quels sont, pour vous, les plus grands changements depuis votre arrivée ?
AV : Il y a trois grands changements pour moi.
Le premier, c’est qu’à mon arrivée, les grands vins n’étaient pas aussi demandés et n’avaient pas une distribution aussi mondiale. Les prix étaient évidemment bien moins élevés. Aujourd’hui, par rapport à il y a vingt-cinq ans, la renommée et surtout la demande pour nos vins sont beaucoup plus fortes. Cela nous permet d’aller encore plus loin en termes de technique, de précision et de sélection lors des assemblages. D’où aussi les travaux que nous avons pu mener.
Nous restons bien sûr des agriculteurs, dépendants de la nature, mais il faut désormais être plus proches des codes du luxe. Tous les détails comptent. C’est une véritable révolution par rapport à il y a vingt-cinq ans.
Le deuxième grand changement, c’est le climat, qui n’est plus le même. Il fait plus chaud, plus sec. Pour le moment, c’est plutôt positif, avec une succession de grands millésimes, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant.
Le troisième grand changement est arrivé il y a deux ans avec l’arrivée d’Alexis, qui a remplacé sa mère. L’arrivée d’une nouvelle génération fait forcément bouger les choses. Et puis il y a aussi eu le décès de Paul Pontallier, qui a eu un impact majeur pour moi, puisqu’il a été à la fois mon patron, mon mentor et mon ami. Ce sont les changements les plus marquants que j’ai vécus.
GB : Le vin n’est donc pas, pour vous, un produit de luxe ?
AV : Non, mais il faut en respecter tous les codes. Auparavant, par exemple, une capsule pas parfaitement alignée ou une petite imperfection sur l’étiquette pouvaient passer. Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus vigilants pour que le produit final reçu par l’amateur soit irréprochable. D’où toute la traçabilité que nous avons mise en place.
Le vin, malheureusement, on ne peut pas le développer, ni augmenter le nombre de bouteilles. C’est là la grande différence avec les produits de luxe. Nous restons avant tout un produit d’agriculture, mais qui doit adopter les codes du luxe, parce que les prix que nous atteignons doivent être irréprochables.
Le Marche Actuel
GB : Comment percevez vous le marché des grands vins de Bordeaux aujourd’hui ?
AV : Je perçois surtout que Bordeaux a toujours connu des cycles. J’ai vécu le premier cycle en 2002-2003, qui était assez compliqué. Je me souviens qu’à la sortie de nos primeurs 2002, le vin avait été vendu à 60 euros, et j’avais reçu un certain nombre d’emails de négociants qui disaient que ce prix était de la folie et que ce vin ne se valoriserait jamais.
J’ai aussi connu, évidemment, la faillite de Lehman Brothers en 2008, puis 2013, qui a été une période difficile. Ensuite, il y a eu l’après-Covid, extraordinaire : 2020-2021, des années fabuleuses avec beaucoup d’importateurs et de négociants qui ont augmenté leurs stocks en vue des ventes futures.
Puis est arrivée la guerre en Ukraine, l’inflation, la hausse des coûts énergétiques et des taux d’intérêt. Tout le monde a voulu vendre en même temps, ce qui a créé un déséquilibre entre l’offre et la demande. Ces trois dernières années ont donc été compliquées, avec trop de stocks constitués qu’il a fallu résorber.
Heureusement, notre politique commerciale est basée sur le très long terme, avec la volonté de pouvoir vendre nos différents millésimes sur 40-50 ans. Nous avons encore des stocks des années 80-90 qui, eux, continuent à être demandés, car la disponibilité est très limitée. Beaucoup d’amateurs recherchent aussi des vins ex-château, ce qui nous a permis, malgré la situation récente, de rester relativement confortables.
D’autant plus que nos trois dernières campagnes primeurs se sont bien passées. Depuis début octobre, j’ai l’impression d’un petit regain, même si la situation reste fragile à cause du contexte géopolitique. Néanmoins, il y a quelques signes positifs.
GB : Avez-vous mis des projets en place pour dynamiser le marché ?
AV : Notre principale décision a été d’adopter une politique de long terme et donc de ne pas céder à la baisse des cours et des prix. Au contraire, nous ne faisons pas de mise en marché quand le négoce a déjà assez de stock. Nous restons à l’écoute des demandes, mais les vins que nous vendons au négoce sont des millésimes décalés. Notre politique commerciale ne va pas évoluer, et nous ne comptons pas baisser nos prix. Au contraire, nous voulons montrer au négoce que si un vin a été vendu à tel prix, ils peuvent compter sur Château Margaux : nous ne le proposerons pas quelques mois après moins cher. C’est très important.
Ensuite, nous essayons de multiplier les dégustations, notamment de Pavillon Rouge, et de voyager pour faire découvrir nos vins. Je reviens par exemple de près de trois semaines de déplacement en Corée, au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Au Japon, par exemple, l’importateur n’avait jamais vendu autant de vins à l’issue d’événements.
Il y a encore des demandes, donc il faut aider les importateurs à écouler leurs stocks. Parfois, ils ont tout vendu et passent alors de grosses commandes à un négociant, ce qui permet à ce dernier de réduire ses stocks et d’avoir une situation plus saine. C’est principalement cela que nous essayons de faire.
Pavillon Rouge
GB : Quel positionnement souhaitez-vous pour Pavillon Rouge ?
AV : Je ne sais pas s’il faut parler de positionnement, mais ce qui est important pour nous, est de faire savoir que la qualité de ce vin s’est énormément améliorée, mais elle n’est pas encore assez connue, surtout pour les millésimes récents.
Pendant longtemps, Pavillon Rouge a été considéré comme une marque, alors que c’est un vin d’une qualité exceptionnelle. Et en réalité, le parcellaire du Château Margaux n’a pas changé depuis 350 ans.
GB : Même si le vin n’est pas issu d’une sélection parcellaire ?
AV : Exactement. Il faut se rappeler que les meilleurs terroirs ont été sélectionnés il y a 500 ans. Les parcelles du Château Margaux sont les mêmes qu’en 1855. Ni nos prédécesseurs, ni la famille Mentzelopoulos n’ont acheté de nouvelles parcelles pour agrandir le domaine. Les parcelles qui composent aujourd’hui Pavillon Rouge faisaient autrefois tout le vin du Château Margaux. Ce sont toutes des parcelles extrêmement qualitatives, pas des terroirs de seconde catégorie ni de jeunes vignes. Ce vin a énormément progressé et atteint un très haut niveau. Notre objectif est de le faire déguster pour que cela soit de plus en plus reconnu.
Lors de l’assemblage, nos 80 hectares de vignes rouges sont divisés en environ 100 parcelles, soit 100 vins différents. Nous cherchons constamment à améliorer chacun de ces vins : certaines parcelles, 5 années sur 10, produisent du Grand Vin, et 5 années sur 10, du Pavillon Rouge. On se demande comment augmenter la régularité pour qu’elles fassent 8 années sur 10 du Grand Vin : densité, rendement, type de taille, cépage, porte-greffe, sélection massale… Les possibilités sont nombreuses.
Nous passons plus de temps sur les parcelles « compliquées », même si toutes sont de qualité, car ce sont elles qui ont le plus de potentiel d’évolution. Les parcelles les plus « magiques » demandent moins d’intervention, tandis que celles sur lesquelles on peut améliorer la qualité nécessitent plus de travail. En conséquence, le coût de production du troisième vin ou du vin vendu en vrac peut être plus élevé que celui du premier vin.
L’objectif est de produire les 100 meilleurs vins possibles. Ensuite, lors des assemblages de janvier-février, nous choisissons quels vins mettre ensemble pour faire le meilleur vin du millésime, quel que soit le volume. Pour le Grand Vin, nous pouvons le faire ainsi depuis 1990. Auparavant, les prix étaient trop bas pour permettre une sélection aussi stricte. Grâce au marché chinois et au boom de 2010, nous avons pu renforcer cette sélection et créer un troisième vin, Margaux du Château Margaux.
Le processus est similaire pour Pavillon Rouge : après avoir décidé de l’assemblage du Grand Vin, nous retirons les verres correspondants, il nous reste 60 à 70 vins, et nous répétons le processus pour créer le meilleur second vin possible, quel que soit le volume.
Aujourd’hui, Pavillon Rouge est le vin qui a le plus progressé. Il n’y a plus de jeunes vignes : celles destinées au Grand Vin et au Pavillon Rouge ont environ 35-40 ans, et la concentration est similaire. La différence entre Grand Vin et Pavillon Rouge se fait sur la complexité aromatique et la texture en bouche. Le Grand Vin doit être extrêmement doux, soyeux, presque crémeux, sans aspérité. Le Pavillon Rouge, lui, a des tannins un peu plus perceptibles, moins fins, mais avec une puissance comparable. Il possède aujourd’hui une capacité de garde également très importante.
GB : Parfois, vous ne consacrez qu’environ 30 % de votre production totale au Pavillon Rouge, alors que la production globale diminue elle aussi. Cette petite production n’est-elle pas un handicap pour Pavillon Rouge ?
AV : C’est une bonne question et nous nous posons chaque année lors de dégustation. Peut-être qu’avoir plus de volume de Pavillon Rouge, avec une qualité un peu moindre, pourrait aider à sa distribution. Même s’il y a une parcelle qui est très bonne, mais qui, une fois intégrée au Pavillon Rouge, tire le vin légèrement vers le bas, même si cela représente 10 000 bouteilles, nous ne l’utilisons pas.
En fait, nous sommes toujours guidés par cette exigence d’excellence et nous voulons produire les meilleurs vins possibles.
GB : Beaucoup de propriétaires à Bordeaux ne souhaitent pas qu’on appelle leur « deuxième » vin le deuxième vin, ce qui n’est pas toujours facile à comprendre pour le consommateur. Cela vous dérange quand on parle du deuxième vin du Château Margaux, le Pavillon Rouge ?
AV : Pas du tout, parce que c’est ainsi que nous le faisons. Il n’y a pas de parcelles dédiées à Pavillon Rouge. C’est un deuxième vin, on ne va pas le cacher.
GB : J’ai vu un joli film sur LinkedIn dans lequel vous dites que, même les yeux fermés, vous reconnaissez Château Margaux grâce à la splendide allée des platanes. Avec les yeux fermés, reconnaissez-vous Pavillon Rouge ? Si oui, pourquoi ?
AV : Non, je ne pense pas. Parfois, je rejoins des visiteurs à Château Margaux lors d’une dégustation et l’on me tend un verre. Il est tellement bon que je pense que c’est du Château Margaux, et finalement, on me dit que c’est du Pavillon Rouge. La qualité du Pavillon Rouge a énormément progressé.
Je perçois les marqueurs qui font que c’est un vin de Château Margaux : le parfum, la texture, la fraîcheur, la longueur… Mais ce n’est pas toujours facile. Les grands millésimes de Pavillon Rouge, au vrai sens, sont parfois meilleurs que certains millésimes des années 80 ou 90 du Grand Vin. Il y a donc une identité Château Margaux, mais distinguer le Pavillon Rouge n’est pas si simple.
GB : La différence se fait au niveau de la structure tannique, comme vous l’avez dit ?
AV : Oui. Normalement, le Grand Vin offre encore plus de douceur et de complexité, mais si on ne le goûte pas à côté, le Pavillon Rouge paraît extraordinaire. C’est toujours la comparaison qui permet de percevoir la différence.
GB : Nous avons dégusté les millésimes 2022 et 2020, et j’ai été particulièrement épatée par le 2020, même si le 2022 est, au premier abord, très séduisant. Et ensuite, nous avons goûté 2010 et 2003.
AV : 2010 est un millésime que j’adore et que nous servons souvent. Il a 15 ans, mais reste très jeune, c’est juste le début de sa vie d’adulte. Il vaut mieux le décanter au moins deux heures à l’avance. Il a beaucoup de classe et représente, pour moi, le Bordeaux classique. C’était le millésime le plus concentré que nous ayons produit.
Le millésime 2020, pour moi, est un peu comme 2010 mais dans une version plus moderne. Récemment, nous avons dégusté le Pavillon Rouge 2020 à 10 heures du matin, après l’avoir décanté à 9 heures. J’ai récupéré le reste de la bouteille pour le soir, et il était encore meilleur. Même après un double décantage, c’est rare et remarquable. C’est un très grand vin.
Quant au 2022, c’est un vin plus ample, avec une puissance qui ne s’arrête jamais. Il est impressionnant par sa dimension et son énergie.
GB : Pour moi, le 2022 est flatteur, plus large que d’autres millésimes, mais il reste dans le style Pavillon Rouge. Les autres millésimes sont un peu plus stricts. Qu’en pensez-vous du millésime 2003 ?
AV : C’est un millésime qui m’épate toujours, car il a gardé fraîcheur et complexité.
GB : Quel est votre plus grand souvenir de dégustation de Pavillon Rouge?
AV : Un moment émouvant pour moi fut de déguster, avant qu’il ne s’appelle Pavillon Rouge mais Château Margaux Second Vin, le millésime 1900, qui était encore très frais, complexe et vivant. C’était un grand moment.
Ensuite, j’adore chaque dégustation du millésime 1990 : il a une séduction immédiate, c’est un vin tellement facile à boire, on a envie de partager un magnum à deux. Et beaucoup de millésimes récents – 2010, 2016, 2018, 2019, 2020, 2022, 2023 – sont encore très jeunes mais présentent des niveaux de qualité jamais atteints auparavant.
GB : Aujourd’hui, on parle beaucoup de buvabilité à Bordeaux, de vins qui doivent être plus aptes à boire jeunes. Est-ce quelque chose que vous souhaitez pour Pavillon Rouge ?
AV : Non, ce n’est pas un objectif en soi. Nous cherchons avant tout à faire les 100 meilleurs vins possibles. Après, les conditions climatiques ont changé : il fait plus chaud, donc les tannins sont naturellement plus doux, ce qui donne une plus grande buvabilité. Nous sommes aussi plus précis dans le vignoble, ce qui permet une meilleure maturité des raisins.
En termes d’extraction, nous sommes capables d’analyser le niveau de tannins et d’anthocyanes de toutes nos cuves à n’importe quel moment, depuis 2018. Cela nous permet de savoir exactement quand arrêter l’extraction. Donc, si les vins sont plus charmeurs jeunes, c’est grâce au climat et à notre précision, pas parce que c’est notre volonté.
Nous souhaitons avoir des tannins doux, mais nous n’allons pas moins extraire le Pavillon Rouge. Il faut garder la feuille de route et faire le meilleur vin possible, selon nos goûts, pas selon le marché. Nous espérons simplement que les amateurs apprécieront ce que nous aimons, mais notre priorité reste de produire le meilleur vin possible selon notre propre vision, et non en suivant les modes ou les attentes de journalistes.
GB : Vous avez été deux fois champion de France des dégustations. Faites-vous encore ces dégustations ?
AV : Oui, c’est une passion. Cela permet de juger de la qualité sans être influencé et de se remémorer davantage le vin. J’aime de plus en plus déguster à l’aveugle, mais juste une à deux minutes, pour vraiment garder le souvenir à vie et profiter ensuite de la bouteille, car si vous dégustez uniquement à l’aveugle, vous perdez le plaisir pur. À un moment, il faut savoir ce que l’on déguste pour arrêter de réfléchir et juste profiter du grand vin.
GB : C’est le but de chaque bouteille, d’être bue avec plaisir.
AV : Absolument.
Le Millésime 2025
GB : Pourriez-vous dire quelques mots sur le millésime 2025 ?
AV : Nous avons dégusté les premiers lots hier soir, et c’est extrêmement prometteur. J’ai été surpris par l’homogénéité : même les parcelles qui sont parfois un peu légères en termes de concentration présentent une couleur et une densité impressionnantes. Quant aux grandes parcelles, elles sont exceptionnellement abouties.
Normalement, nous commençons les dégustations début janvier, et à ce moment-là, les vins manquent souvent un peu de chair. Il faut attendre mi-janvier, voire fin janvier, pour qu’ils prennent toute leur ampleur. Hier, j’ai été bluffé par la densité et l’équilibre des vins.
En termes de style, c’était la première dégustation, mais après en avoir parlé avec Philippe Bascaules (Directeur Général), cela nous a fait un peu penser au millésime 2020. Malgré un été sec et chaud, nous avons été très patients pour vendanger. Nous avons commencé les Grands Cabernets la dernière semaine de septembre, ce qui a permis d’atteindre une maturité phénolique parfaite et d’extraire des tannins de grande qualité.
C’est un vin très puissant, mais qui ne présente pas l’alcool élevé que nous avions connu en 2022. Il est un peu moins large, moins ample, mais semble très complet à ce stade. C’est encore très tôt pour juger, mais c’est très prometteur.
GB : Quel était le rendement ?
AV : C’est la partie la plus douloureuse : il est très faible. La sortie avait été initiée en 2024, il y avait peu de grappes, et avec la chaleur et la sécheresse, les baies sont petites. Les rendements sont de 22hl/hc et de 16hl/hc sur les blancs. Heureusement, la qualité est exceptionnelle, ce qui compense largement.
Pavillon Rouge Notes De Dégustation
2022 :
Assemblage : 64 % Cabernet Sauvignon, 24 % Merlot, 7 % Petit Verdot (qui ne figure pas dans le Grand Vin cette année) et 5 % Cabernet Franc. Vin double-décanté.
Ce millésime restera dans les mémoires comme l’un des plus secs et chauds, où la vigne a montré une grande résilience. Les arômes sont séduisants, floraux, avec des notes de réglisse. En bouche, le vin se distingue par une grande douceur, comme du cachemire qui tapisse le palais, soutenue par des tannins polis et une vivacité présente mais modérée. C’est un délice à savourer jeune, avec un potentiel de garde prometteur.
2020 :
Assemblage : 75 % Cabernet Sauvignon, 18 % Merlot, 5 % Petit Verdot et 2 % Cabernet Franc. Vin double-décanté.
Au premier abord, il est plus fermé, mais en bouche, c’est une démonstration de très grande classe. Ce vin possède tout ce qui fait un Margaux exceptionnel. Paul Pontallier aimait dire : « Château Margaux, c’est une main de fer dans un gant de velours » — une description parfaite pour ce millésime. Il se distingue par une pureté et une précision sublime, avec une longueur en bouche remarquable. Fascinant et vivant, il évolue au fil du verre. Aurélien Valance le décrit comme une version moderne du millésime exceptionnel 2010.
2010 :
Assemblage : 66 % Cabernet Sauvignon, 30 % Merlot et 4 % Petit Verdot. Vin à simple décantation, conseillé par Thomas.
Ce millésime, comme 2020, se rapproche de l’excellence du Grand Vin, mais dans un style plus classique. Les arômes ont déjà atteint un stade tertiaire, apportant complexité et intérêt : c’est aussi cela, la signature des Grands Vins de Bordeaux, avec du caractère. La bouche est très complexe, avec des notes mentholées enveloppées dans une structure tannique élégante qui confère au vin une grande longueur.
2003 :
Assemblage : 57% Cabernet Sauvignon, 38% Merlot, 4% Petit Verdot, 1% Cabernet Franc. Vin décanté.
Le millésime 2003 restera dans les mémoires comme l’un des plus précoces, en raison d’un été exceptionnellement chaud. Ce Pavillon Rouge conserve toute sa vivacité malgré la chaleur. Sa structure est plus légère, mais toujours complexe. À l’aveugle, il surprendra certainement les grands amateurs de Pavillon Rouge. Pour moi, l’une des caractéristiques d’un grand terroir est de maintenir l’équilibre dans le vin même lorsque Dame Nature se montre capricieuse — c’est le cas ici.
En Résumé :
- Château Margaux est une propriété familiale à vision très long terme, humaine et stable.
- Le vin reste un produit agricole, mais doit aujourd’hui respecter tous les codes du luxe.
- La demande mondiale et la notoriété ont explosé en 25 ans, permettant une sélection beaucoup plus stricte.
- Le marché bordelais est cyclique ; la stratégie de Margaux est de ne jamais casser les prix.
- La politique commerciale privilégie la cohérence, la fidélité au négoce et la patience.
- Pavillon Rouge est le deuxième vin, assumé, sans parcelles dédiées.
- Il représente environ 33 % de la production, après une sélection rigoureuse.
- Les parcelles sont historiquement celles du Grand Vin ; aucun terroir “secondaire”.
- La qualité de Pavillon Rouge a spectaculairement progressé ; certains millésimes rivalisent avec d’anciens Grands Vins.
- Différence clé : Grand Vin = soyeux et complexité ultime ; Pavillon Rouge = puissance, tannins plus présents, grande garde.


