Vendanges 2026 Bordeaux

Après un été exceptionnellement chaud et sec, les vendanges 2026 ont débuté très tôt à Bordeaux. Petites baies, belle concentration, degrés modérés et fraîcheur préservée : les premiers signes laissent entrevoir un millésime prometteur et équilibré.

Vendanges 2026 Bordeaux

Petites Baies, Grand Millésime

Un millésime sous le signe des extrêmes

Les vendanges 2026 ont commencé exceptionnellement tôt à Bordeaux. Les raisins destinés au Crémant et aux vins blancs ont été récoltés dès le 6 août, tandis qu’au Château Montrose, à Saint-Estèphe, les vendanges des rouges ont débuté autour du 25 août.
À Saint-Émilion, Troplong Mondot avait commencé encore plus tôt, dès le 19 août, un record pour la propriété.

Il s’agit de l’une des vendanges les plus précoces jamais enregistrées à Bordeaux. Lors d’une année plus traditionnelle, les vendanges principales pour les rouges débutent généralement entre la mi-septembre et le début du mois d’octobre.

À Pauillac, Château Grand-Puy-Lacoste a commencé à vendanger le 31 août. Un an plus tôt seulement, le 4 septembre 2025 constituait déjà la date de vendange la plus précoce de l’histoire du domaine.

La chaleur et le manque d’eau ont donné naissance à des baies exceptionnellement petites. À Château Montrose, leur poids était le plus faible enregistré depuis que le domaine a commencé à les mesurer systématiquement, en 2014. De petites baies signifient moins de jus, mais aussi une proportion plus importante de pellicules, là où se concentre une grande partie de la couleur, des tanins et des arômes. Le Merlot libérait d’ailleurs sa couleur si facilement qu’il n’a pas été nécessaire de pousser les extractions en cave.

Fait intéressant, de petites baies ne signifient pas forcément une récolte particulièrement faible. Les grappes étaient nombreuses, compensant en partie leur poids plus léger. À l’échelle de Bordeaux, la production totale devrait atteindre 3,524 millions d’hectolitres, soit environ 10 % de plus qu’en 2025. Il faut toutefois rappeler que 2025 avait été une année particulièrement faible en volume : la récolte 2026 reste donc encore inférieure de 11 % à la moyenne des cinq dernières années.

Le premier paradoxe de 2026 est donc déjà évident : des raisins particulièrement petits, mais une récolte bordelaise plus importante que l’an dernier. 

Vendanges à Château Lagrange

Une saison marquée par la chaleur, la sécheresse… et une pluie décisive

Ces dates de vendanges inhabituelles sont le résultat d’une année qui, dès le départ, n’avait rien d’ordinaire.

Un hiver doux a favorisé un démarrage précoce du cycle végétatif. La végétation était déjà bien avancée au début du mois de mars. Mars et avril ont été extrêmement secs, avant l’arrivée d’une première vague de chaleur importante vers la fin mai.

Puis les fortes chaleurs se sont véritablement installées.

Selon les châteaux, quatre grandes périodes de chaleur se sont succédées, avec des températures dépassant parfois les 43 °C. De juin jusqu’au début du mois d’août, les précipitations ont été quasiment inexistantes. Les vieilles vignes s’en sont généralement mieux sorties grâce à leurs systèmes racinaires plus profonds, capables d’aller chercher l’eau plus loin dans le sol. Les jeunes vignes, en revanche, ont davantage souffert.

La saison a réservé d’autres difficultés. Dans certaines parcelles, le Merlot et le Cabernet Sauvignon ont connu une floraison irrégulière, suivie de brûlures dues au soleil, de stress hydrique et, dans certaines zones de Bordeaux, d’épisodes de grêle à la mi-juillet. À ce stade, certains châteaux redoutaient un record dont ils se seraient volontiers passés : des rendements parmi les plus faibles jamais enregistrés.

Puis le mois d’août a changé la donne.

Environ 70 à 80 millimètres de pluie sont tombés dans le Médoc. Après des mois de sécheresse, les sols étaient presque devenus aussi durs que du béton. Ces précipitations ont relancé l’activité de vignes qui avaient pratiquement cessé de se développer et ont permis aux raisins de poursuivre leur maturation physiologique.

Elles ont également contribué à limiter la concentration des sucres et, par conséquent, le degré d’alcool potentiel.

Sans cette pluie, les niveaux d’alcool auraient pu atteindre 14 % ou davantage. Les vignerons s’attendent finalement à des degrés plus proches de 13 à 13,5 %, un niveau susceptible d’apporter davantage de fraîcheur et de buvabilité aux vins.

Vendanges à Château Lascombes

Et les incendies de forêt ?

Les importants incendies de forêt en Gironde ont naturellement suscité l’inquiétude de certains acheteurs internationaux. La fumée pouvait-elle affecter les raisins et donner aux vins des notes fumées ou cendrées ?

La question est légitime, surtout au regard de ce qui s’est passé en Californie en 2020.

Cette année-là, de vastes incendies avaient ravagé les régions viticoles californiennes alors que les vendanges étaient déjà en cours. Dans certaines parties de Napa et de Sonoma, les feux s’étaient approchés très près des vignobles et d’épaisses fumées étaient restées présentes dans la région pendant de longues périodes.

À Bordeaux, en 2026, la situation était différente.

L’incendie était important, mais les flammes sont restées à plus de 20 kilomètres des principaux vignobles du Médoc et des Graves. Il s’est également produit plus tôt dans le cycle de maturation, et non pendant les derniers jours particulièrement sensibles précédant les vendanges. Les changements de direction du vent ont par ailleurs contribué à éloigner la fumée.

À Grand-Puy-Lacoste, Emeline Borie se souvient d’un immense nuage sombre et d’un paysage plongé dans un silence presque étrange. Pourtant, aucune forte odeur de fumée n’était perceptible au château et l’équipe n’a constaté aucun signe de dommage lié à la fumée sur les raisins.

Axel Heinz, œnologue et directeur de Château Lascombes, est arrivé à la même conclusion. La fumée n’a été perceptible que durant une courte période et les premiers vins déjà en fermentation ne présentaient aucun signe d’altération liée à la fumée.

Ainsi, malgré des images spectaculaires, rien n’indique à ce stade que les incendies auront un impact négatif sur le millésime 2026.

Vendanges à Château Lascombes

Les années chaudes deviennent-elles la nouvelle norme à Bordeaux ?

Les millésimes chauds ne sont pas une nouveauté à Bordeaux. Le célèbre 2003 vient immédiatement à l’esprit, tout comme des années plus récentes telles que 2022 et 2025. Ce qui change en revanche, c’est la fréquence à laquelle les producteurs doivent désormais composer avec des températures élevées, des maturités précoces et un stress hydrique important.

Le calendrier des vendanges illustre particulièrement bien cette évolution. Des parcelles que l’on vendangeait vers la fin du mois de septembre dans les années 1990 peuvent aujourd’hui être prêtes dès la fin août.

Mais des conditions plus chaudes ne sont pas nécessairement une mauvaise nouvelle.

Le Cabernet Sauvignon a besoin d’une saison longue et chaude pour parvenir à pleine maturité. Dans le climat bordelais plus frais d’autrefois, atteindre une maturité parfaite pouvait s’avérer difficile lors des millésimes moins favorables. Selon Jean-Dominique Videau, directeur de Château Branaire-Ducru, les conditions plus chaudes d’aujourd’hui permettent au Cabernet Sauvignon d’arriver plus régulièrement à maturité, avec des résultats souvent positifs.

Cela contribue à expliquer pourquoi les vins modernes du Médoc peuvent offrir davantage de puissance, des tanins plus mûrs et un fruit plus généreux, les rendant également plus accessibles dans leur jeunesse.

Pour Bordeaux, l’enjeu n’est donc pas simplement de lutter contre la hausse des températures, mais de conserver les avantages d’une meilleure maturité tout en préservant la fraîcheur, la santé de la vigne et la longueur du cycle végétatif qui donne aux grands vins toute leur complexité.

Château Cos d'Estournel
Château Lagrange

Le Mot Du Commercial : Luca van Eyck

« Le 2 septembre, je me suis rendu dans le Médoc afin de voir comment se déroulaient les vendanges. J’ai visité Grand-Puy-Lacoste, Montrose, Branaire-Ducru, Lagrange et Lascombes, où j’ai échangé avec les œnologues et les directeurs afin de me faire une première idée de la récolte et du profil du millésime 2026.

Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais les premiers signes du millésime 2026 étaient très encourageants : une année extrême dans les vignes, mais étonnamment maîtrisée et prometteuse en cave. Petites baies, couleur profonde, fruit concentré, tanins raffinés et acidité étonnamment fraîche semblent former une combinaison séduisante entre concentration et équilibre.

Ma première impression est donc que 2026 a le potentiel de devenir un très beau millésime dans le Médoc, avec quelques échos de 2022. Les vins pourraient offrir une générosité immédiate tout en conservant suffisamment de fraîcheur et de structure pour laisser présager un excellent potentiel de garde. »

Luca van Eyck (Commercial, RCA)

Les vendanges 2026 en chiffres

Des vendanges exceptionnellement précoces

  • 6 août – Début des vendanges pour le Crémant et les vins blancs secs à Bordeaux
  • 12 août – Château Montrose commence à vendanger ses raisins blancs

  • 19 août – Troplong Mondot débute ses vendanges

  • 25 août – Château Montrose commence les vendanges de ses raisins rouges

  • 31 août – Grand-Puy-Lacoste et Branaire-Ducru commencent leurs vendanges

Une saison viticole extrême

  • 4 grandes vagues de chaleur – Bordeaux a été confronté à plusieurs épisodes de chaleur extrême tout au long de l’année 2026
  • 43 °C – Température atteinte lors de la vague de chaleur de juin

  • 70 à 80 mm – Précipitations enregistrées dans le Médoc en août, apportant un répit essentiel après plusieurs mois de sécheresse

Rendements et vins

  • +10 % – Production bordelaise attendue par rapport à 2025, tout en restant inférieure de 11 % à la moyenne des cinq dernières années
  • 25 à 40 hl/ha – Rendements estimés

  • 12,5 à 13,5 % – Degré d’alcool potentiel attendu

Quelques millésimes chauds comparables

  • 2003, 2022, 2023 et 2025 – D’autres millésimes bordelais particulièrement chauds de ces dernières décennies
Château Grand-Puy-Lacoste
Image de Gerda Beziade
Gerda Beziade

interview des personnalités du milieu viticole pour mieux appréhender ses enjeux et comprendre la réalité des propriétés de notre Maison.

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