Vendanges 2025
Quelques impressions du bonheur
Beaucoup de châteaux n’avaient encore jamais vendangé aussi tôt
Le 23 septembre, Gabriel Vialard me confiait : « Aujourd’hui, nous finissons les vendanges avec le tri de nos derniers petits verdots. L’année dernière, à la même date, nous venions à peine de commencer. »
L’atmosphère en 2025 était plus détendue qu’en 2024, car la saison culturale, plus courte, s’est révélée presque parfaite. Le printemps fut beau, et la floraison, entre fin mai et début juin, s’est très bien déroulée. En juin, Bordeaux a connu ses premiers pics de chaleur, avec des températures dépassant les 40 °C — des valeurs que l’on a revues plusieurs fois pendant l’été, notamment la semaine du 15 août où le thermomètre a frôlé les 45 °C. Mais, comme en 2022, la vigne a une fois encore démontré son incroyable capacité de résilience. Et, hélas, comme en 2022, les rendements ne seront pas très élevés dans l’ensemble. Des différences sensibles se dessinent toutefois selon les appellations : les terroirs de graves profondes, notamment dans le Médoc, semblent avoir davantage souffert de la sécheresse hydrique du mois d’août que les sols calcaires ou argileux.
Une différence majeure avec 2022 mérite cependant d’être soulignée : Bordeaux a reçu, fin août et début septembre, une pluie bienvenue — un véritable cadeau du ciel. Cette pluie a affiné les pellicules, qui étaient épaisses, et permis d’obtenir des degrés d’alcool plus modérés qu’en 2022. Malgré un mois de septembre ponctué d’averses et de quelques journées fraîches, les raisins rentrés dans les chais étaient d’une grande qualité sanitaire. Les bacs de déchets situés sous les trieurs optiques et densimétriques sont restés bien peu remplis cette année.
J’ai eu l’occasion d’accompagner, pendant trois jours, un groupe de viticulteurs sud-africains dans les vignes pendant les vendanges. Ils étaient étonnés de constater qu’à Bordeaux, même pour une récolte aussi saine, on pratique encore des doubles, voire triples tris. Comme je leur ai expliqué : « Ici, nous faisons de la haute couture. Chaque millésime mérite le meilleur vin possible. »
Le millésime 2025 s’annonce bon, voire grand
Malgré la rapidité des vendanges des blancs, effectuées dès le mois d’août, juste après la canicule, les premiers jus montrent un bel équilibre, même si les rendements seront faibles, parfois très faibles.
Quant aux rouges, également vendangés rapidement, ils ne donneront pas non plus de grands volumes. Les cuvaisons ont été généralement plus courtes, car les marcs sont abondants : souvent un tiers de marc pour deux tiers de jus. La suite des vinifications devra donc se mener avec délicatesse afin de privilégier des extractions fines.
Julien Vigneau me confiait : « Les premières dégustations de cuves révèlent un style très bordelais : moins opulent que 2022, mais plein de délicatesse et de finesse, avec une texture raffinée et un milieu de bouche soyeux. »
Et comme l’a écrit Édouard Vauthier : « Plus nous avançons dans la dégustation des cuves, plus nous sommes enthousiastes quant à ce que cela donnera une fois en bouteille. Nous commençons déjà à le comparer à 2009 ou 2020. »Stéphanie de Boüard-Rivoal, avec laquelle nous publierons bientôt un entretien dans le cadre d’une séance de Regards Croisés, a baptisé ce millésime d’un mot qui lui va à merveille : « Irrésistible.»
À Sauternes, la bonne humeur était au rendez-vous, et 2025 s’annonce comme un bon, voire un très bon millésime.
À la mi-septembre, beaucoup de châteaux ont effectué leur premier tri de raisins partiellement botrytisés, déjà riches en arômes de fruits confits. Les premiers sauvignons et sémillons étaient alors bien mûrs. Comme ailleurs dans la région, Sauternes a reçu un peu de pluie au début du mois, mais le beau temps est rapidement revenu.
Julien Viaud, qui conseille la propriété de Bernard Magrez dans le Sauternais, Clos Haut-Peyraguey, m’a confié que leur deuxième tri avait surtout servi à nettoyer les vignes, tandis que le troisième fut celui de la pourriture noble à pleine maturité : le bonheur !
Des grappes entières étaient saisies par le Botrytis cinerea, apportant une complexité aromatique digne des grands millésimes. Les rendements sont plutôt bons ici, autour de 15 hectolitres à l’hectare.
Sandrine Garbay m’a dit que le millésime sera magnifique, avec pour Château Guiraud un beau rendement. Le 2025 présentera, selon elle, quelques traits de 2022, mais avec davantage d’éclat de fruit et de fraîcheur.
Au Château Climens, la dernière journée de vendanges a eu lieu le mardi 14 octobre, sous un temps radieux de 25 °C. Quatre tris ont été réalisés sur une période d’un mois. Depuis quelques années, Jérôme Moitry a pris la décision de produire uniquement le Château Climens, 1er Cru Classé Barsac, issu de leurs plus vieilles vignes, âgées en moyenne de 65 ans. Le rendement y est plus faible, autour de 7 hectolitres à l’hectare, mais il ne fait aucun doute que la qualité sera splendide.
A suivre...
Du 20 au 23 avril 2026, nous vous attendons pour la semaine des dégustations qui sera un excellent moment pour vous forger votre propre impression de ce millésime né sous les bonnes étoiles de Dame Nature, et 2025 pourrait bien être une excellente opportunité pour que le marché refasse surface.


